Avengers

Heartywizard (pixabay.com)

Pour vaincre, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace. » Georges Jacques Danton


Iron Man, l’un des héros de la saga Avengers, déambule dans la suite luxueuse aménagée au dernier étage de son complexe de recherche. Il a revêtu son armure couleur or. Il mange un hot-dog. La moutarde dégouline entre ses doigts.

Il s’ennuie. Heureusement il n’est pas seul.

— Alors je lui ai dit : Thor il a tort !

Iron Man ponctue sa phrase d’un grand éclat de rire. Celui-ci tombe à plat. En face de lui la veuve noire reste de marbre. Elle tricote un pull marine et rien ne semble pouvoir la distraire de sa tâche. Tout juste elle lâche un « et donc ? ».

— Eh bien, murmure l’homme de fer dépité, tu comprends Thor, le Dieu du tonnerre il agite son marteau et je dis à Hulk…

Il ne peut finir sa phrase. Une explosion titanesque secoue l’édifice où ils se trouvent, le QG des entreprises Stark. La veuve noire, l’ancienne espionne russe aux réflexes suraiguisés, est propulsée dans les airs. Elle effectue une pirouette et atterrit accroupie sur le sol, les jambes pliées, face à l’ennemi. En fait ils sont nombreux. D’hideuses et gigantesques araignées de 10 à 15 centimètres. Elle projette les aiguilles à tricoter que par chance elle a conservées dans les mains. L’une vient se figer dans l’œil pédonculaire de l’un des monstres.

Iron man, lui, heureusement protégé par son armure en titane, se retrouve enseveli sous des tonnes de gravats, de briques, de poutrelles, de blocs en ciment, de parpaings, de fenêtres en verre, de lits, de carcasses d’ordinateurs, de frigidaires, de câbles, de pots de fleurs et autres objets de consommation courante. Il s’ébroue, creuse un tunnel dans les débris. Il n’a pas le temps de fignoler. Il installe juste quelques poutres pour consolider l’ensemble, une galerie d’aération et un éclairage d’appoint.  Après tout c’est un ingénieur. Construire des tunnels, des ponts, des ronds-points il adore !

Avec patience il atteint l’air libre. Une arachnoïde lui tombe sur le dos. De ses mandibules équipées d’une perceuse-deviseuse Black et Decker elle essaye de perforer la carapace du super héros. Il n’a que trois solutions : voler rapidement vers le vide sidéral pour congeler l’intruse ou bien lui asséner une giclée rétro-propulsive électrifiée en évitant de se griller lui-même. En fait il n’y a pas de troisième solution. Iron Man hésite. Ses chances de survie sont, lui souffle Jarvis, son assistant électronique intégré, pratiquement égales à 110 %. Trop peu, pense le super-héros, lui qui n’a jamais été très doué en calcul mental tandis qu’il excelle dans l’ingénierie cyber cryogénique.

Sloup et paff ! Un bouclier bleu et rouge fend l’air. Il tranche la tête de l’intruse et l’araignée, salement amochée, glisse sur le sol. Capitaine América, qui vient de surgir par une porte dérobée, sourit à pleines dents :

— Alors l’ami, besoin d’aide ? Et encore tu n’as rien vu. Pas eu le temps de prendre mes compléments vitaminiques ce matin.

Le super soldat modifié issu de la Première Guerre mondiale et miraculeusement retrouvé vivant après hibernation gonfle ses muscles.

— Sympa d’être passé en tout cas. On est submergés répond Iron.

Effectivement les bestioles pullulent. Cinq subsistent encore alors qu’ils ne sont que trois Avengers présents dans le QG. La veuve noire essaye d’en aplatir une avec sa botte sans succès :

— Les Sa… pes ! Elles courent vite, constate-t-elle.

— Eh oui chérie, nous devons absolument trouver du renfort. J’appelle un ami ! souffle Iron Man en composant un numéro secret sur son smartphone personnel dernier modèle intégré à son casque.

Une petite musique d’attente se fait entendre.

— Ça va venir, dit-il rassurant à ses collègues.

Petite musique d’attente.

— Ce n’est qu’une question de secondes !

Il s’installe sur le seul canapé encore intact. Musique. Feuillète un manga. Musique. Enlève-les bouloches qui trainent sur les coussins. Musique. Se sert un expresso à l’aide de la seule cafetière encore intacte. Musique. Joue un morceau sur le seul piano encore intact. Musique. Puis, soudain, il perd patience :

— Bon alors, tu vas répondre, espèce de dégénéré de Hawkeye !

— Allo, qui parle à l’appareil ? demande enfin une voix.

— Ah c’est toi mon pote ? Salut Oeil de faucon. Tu vas bien ?

— Oui, et toi ?

— Super ! ta femme ?

— Bien, bien.

— Tes enfants ?

— Impec !

— Ton toutou ?

— Oh ! tu sais il se fait vieux. J’ai changé son régime. J’ai trouvé sur internet des croquettes pour chien senior au poulet qui …

— Excuse-moi de te couper, mais nous affrontons une urgence ici. Nous sommes envahis par une race d’extraterrestres. Des bêtes immondes. Des araignées d’au moins 10 cm, très rapides, veules et poilues. Si les Avengers n’agissent pas, ce sera la fin du monde. Tu peux nous donner un coup de main ?

« Et dis-lui de se magner », glisse Capitaine América. « Elles ont rameuté les copains. »

Effectivement le soldat se bat avec une sorte de ver géant baveux genre saga de Dune, mais en plus gros et en plus moche avec des points noirs sur le dos comme une coccinelle mortifère. Dehors une horde de morts-vivants frappe à la seule porte encore intacte. Dans le ciel des vaisseaux extragalactiques dernier modèle, celui avec toutes les options, obscurcissent de leur masse oppressante l’azur printanier de New York.

Hawkeye se manifeste à l’autre bout de la ligne.

— Et bien franchement pas tout de suite. Un instant, dit-il.

 Iron Man l’entend clairement discuter avec sa femme.

— Non, vraiment pas possible. Je dois refaire l’appentis.

— L’apprenti à ton âge ? demande Iron Man en attrapant le cou d’un serpent polymorphique qui essaye de l’entraîner vers le seul escalier encore intact. D’une pression il lui écrase la carotide où ce qui en tient lieu. Il n’est pas très doué en anatomie.

— Euh, l’appentis. C’est un petit toit à un seul égout appuyé à un mur, et généralement soutenu, du côté inférieur, par des poteaux ou piliers. Tu as essayé de joindre War Machine ?

— En congés. Et puis c’est qu’un copieur. La même armure que moi, mais l’humour en moins.

—Ant Man?

— Perdu dans le monde moléculaire de l’infiniment petit !

— Les Ghostbusters ? Ils ont un canon à plasma.

— Trop vieux !

–Falcon ?

–Envolé !

—Black Panther?

— Occupé à diriger son pays !

— Hulk?

— Il étudie un virus quelque part en Tasmanie.

— Bon, les gardiens de la galaxie alors ?

— Ouais, super idée. Je raccroche, on est un peu débordés ici !

Les araignées ont tissé une grande toile dans le salon. Retournant le piège à son avantage la veuve noire s’en sert comme d’un trampoline. Elle bondit, flèche mortelle dans sa combinaison en latex noir moulante et sexy. À chaque saut, swifff et shlack boom, elle transperce de ses dagues empoisonnées les chauves-souris mécaniques qui noircissent le plafond. Capitaine América lui, avec son bouclier, repousse les morts vivants que l’on avait laissés à la porte tout à l’heure, mais qui ont fini par trouver le seul ascenseur encore intact. Ils ne sont ni très rapides ni très intelligents, mais ils sont nombreux. Peut-être un millier, estime Iron Man qui renonce à les compter. Heureusement ils ne tiennent pas tous en même temps dans l’élévateur.

— Jarvis, ordonne-t-il à l’intelligence artificielle qui lui sert assistant, convoque-moi les gardiens de la galaxie ! Tous au complet ! Star-Lord, Gamora, Drax, Groot, Rocket Raccoon et Yondu. J’adore cette équipe. « Je suis Groot, je suis Groot » énonce-t-il soudain guilleret en imitant l’être arbre.

Puis il saute par la seule fenêtre encore intacte. Il tend ses paumes et dégomme d’un rayon laser quatre ou sept vaisseaux. Pas le temps de compter. En même temps il évite quatre-vingt-dix-neuf missiles que les envahisseurs lui adressent en guise de bienvenue.

À ses pieds la panique enserre dans ses griffes velues les artères palpitantes d’une cité qui se meurt. Des policiers, militaires, ambulanciers, pompiers, avocats et vendeurs de hamburgers tentent tout ce qu’ils peuvent, mais ce sont des forces dérisoires face au chaos. Tout s’effondre, s’écroule, s’enflamme, se brise, se liquéfie sous l’assaut de robots tueurs. Des machines grandes comme des immeubles de plusieurs étages avec terrasse, salle de fitness et héliport intégré. Invisibles jusque-là, ils attendaient cachés dans les égouts de la ville avant de porter le coup fatal.

Iron Man analyse froidement la situation. Elle n’est pas désespérée, mais quand même franchement critique. S’il doit périr il aimerait autant que ce soit dans son lit, à un âge avancé, entouré des enfants qu’il n’a pas encore et de sa bande de potes costumés. Soudain le vol rapide d’un marteau céleste siffle à ses oreilles. L’objet pulvérise des centaines d’ennemis en fragments macroscopiquement petits.

— Tu peux aller faire une pause, Iron. La cavalerie déboule ! clame Thor, le dieu nordique, en souriant.

Divine surprise, il ne vient pas seul. Hulk, revenu de son voyage scientifique et très en colère saute d’un immeuble à l’autre pour écraser les méchants sous son poids. Les Gardiens de la galaxie foncent comme un unique homme, ou femme ou arbre sur les survivants. Tous ces super héros, rejoints par Capitaine America et la veuve noire, forment un cercle. Vlan, bing et Fuzzz, ils déciment les hordes mécaniques ou biologiques avec élégance et panache. Cela dure des heures et c’est assez répétitif. Au final il gagnent car le bien triomphe très souvent du mal, surtout dans les films.

Ensuite ils vont boire un mojito pour fêter leur victoire. Iron Man s’éloigne un moment pour téléphoner.

— Allo, Alfred ?

— Monsieur ?

— Passez-moi Batman, s’il vous plaît.

Musique d’attente. L’homme de fer regarde discrètement sa montre digitale intégrée à la visière de son casque.

Une voix caverneuse prend le relais.

— Batman à l’appareil. Mon majordome m’a averti que quelqu’un souhaitait me parler ?

— Salut Bat. C’est Iron. Tu sais ce que j’ai répondu à Hulk quand Thor a voulu couper ses cheveux ? Je lui ai dit : Thor il a tort ! Elle est bien bonne non ?

Pas sûr que Batman ait le sens de l’humour, mais c’était le dernier à qui il n’avait pas raconté cette histoire.

Franck

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